SecNumCloud expliqué aux DSI de collectivités : définition, obligations et prestataires qualifiés
Le Cloud Act et la directive NIS2 exposent aujourd’hui la plupart des entreprises, souvent sans qu’elles le sachent. En effet, une autorité étrangère peut accéder à vos données dès qu’elles transitent par un prestataire soumis au droit américain. De plus, de nouvelles obligations de cybersécurité concernent peut-être votre organisation, même si elle ne s’est jamais vue comme une cible. Pour un DSI, le vrai risque n’est donc pas l’attaque spectaculaire : c’est l’exposition silencieuse, celle qu’aucun tableau de bord n’affiche. Faisons le point, sans jargon.
Le Cloud Act est une loi fédérale que le Congrès américain a adoptée le 23 mars 2018. Concrètement, elle autorise les autorités des États-Unis à exiger d’un fournisseur soumis au droit américain la communication de données, où qu’elles soient stockées dans le monde.
La directive NIS2 (directive européenne 2022/2555) est le second volet de la réglementation européenne sur la cybersécurité. Elle impose ainsi des obligations de sécurité et de déclaration d’incident à des dizaines de milliers d’entreprises, bien au-delà des seuls opérateurs critiques historiques.
Ces deux textes n’ont ni le même auteur, ni le même but. Mais ils convergent vers un même constat pour le DSI : la localisation de vos serveurs ne suffit plus à garantir la maîtrise de vos données, et le périmètre des entreprises « concernées » s’est fortement élargi. Comprendre ces deux cadres, c’est déjà réduire son exposition.
Héberger ses données en France ou en Europe ne les met pas hors de portée du Cloud Act. Ce qui compte, ce n’est pas l’endroit où vous stockez la donnée, mais le droit dont dépend le prestataire qui la détient.
Le Cloud Act s’applique à toute entité rattachée aux États-Unis :
Concrètement, si un fournisseur relevant du droit américain héberge vos e-mails, vos fichiers ou vos données RH, une autorité des États-Unis peut en demander la communication. Par ailleurs, aucune procédure d’entraide judiciaire internationale n’entre en jeu, et l’entreprise concernée ne reçoit aucune information.
Cette situation crée un conflit juridique direct avec le RGPD. L’article 48 du RGPD prévoit qu’un transfert de données personnelles vers une autorité d’un pays tiers ne peut, en principe, reposer que sur un accord international. D’ailleurs, le Contrôleur européen de la protection des données juge le Cloud Act potentiellement contraire au RGPD. Résultat : le DSI se retrouve pris en tenaille. Se conformer à une demande américaine peut violer le RGPD. À l’inverse, la refuser l’expose à une sanction américaine.
À retenir : la question n’est pas « où sont mes données ? » mais « qui, juridiquement, peut être contraint d’y accéder ? ».
NIS2 classe les organisations concernées en deux catégories, selon leur secteur et leur taille. En France, la loi « résilience des infrastructures critiques et cybersécurité » transpose la directive. Le législateur l’a adoptée en 2025, après l’échéance européenne manquée d’octobre 2024. Désormais, l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) en est l’autorité de contrôle, via une plateforme d’enregistrement dédiée, MonEspaceNIS2.
Surtout, le changement d’échelle est majeur : on passe d’environ 500 organisations sous NIS1 à près de 15 000 entitésconcernées, réparties sur 18 secteurs d’activité.
| Catégorie | Qui est concerné | Seuils indicatifs |
|---|---|---|
| Entité essentielle (EE) | Grandes entreprises des secteurs à haute criticité (énergie, transport, santé, banque, infrastructures numériques…) | ≥ 250 salariés ou plus de 50 M€ de chiffre d’affaires |
| Entité importante (EI) | Entreprises moyennes des secteurs couverts (dont fabrication, agroalimentaire, gestion de déchets, services numériques…) | ≥ 50 salariés ou plus de 10 M€ de chiffre d’affaires |
Beaucoup de dirigeants pensent que NIS2 ne vise que les hôpitaux, les énergéticiens ou les grands groupes. C’est faux : au contraire, de nombreuses ETI et PME entrent dans le périmètre en tant qu’entités importantes, souvent sans l’avoir identifié. Première action utile : vérifier votre secteur et vos seuils, puis vous enregistrer auprès de l’ANSSI.
Voici cinq signaux concrets qui indiquent une exposition au Cloud Act, à NIS2, ou aux deux. Dès lors, si vous cochez ne serait-ce que deux cases, un audit s’impose.
Ces signaux ont un point commun : ils décrivent une exposition invisible, non pilotée. C’est précisément ce que NIS2 veut corriger, et ce que le Cloud Act rend risqué.
L’exposition n’est pas qu’un sujet de principe. En effet, elle a un coût réglementaire, financier et personnel.
Sanctions NIS2. Les montants suivent la logique du RGPD :
Responsabilité des dirigeants. NIS2 introduit une nouveauté : les organes de direction doivent approuver les mesures de gestion du risque cyber, en suivre la mise en œuvre et se former. Pour les entités essentielles, l’autorité peut, en dernier recours, interdire temporairement à un dirigeant d’exercer ses fonctions de direction. Ainsi, la cybersécurité devient une responsabilité de gouvernance, pas seulement une affaire de DSI.
Risque Cloud Act cumulé au RGPD. Une demande d’accès fondée sur le Cloud Act peut vous placer en infraction avec le RGPD, dont les amendes atteignent 20 millions d’euros ou 4 % du chiffre d’affaires. Le risque n’est donc pas seulement une fuite de données : c’est une double insécurité juridique.
À retenir : l’inaction coûte désormais plus cher que la mise en conformité.
Réduire son exposition ne signifie pas tout reconstruire. Cela signifie reprendre la maîtrise, étape par étape.
Ces quatre chantiers sont progressifs. Ainsi, en les menant dans l’ordre, vous transformez une exposition subie en risque maîtrisé.
Le Cloud Act et NIS2 ont changé la donne pour les DSI du secteur privé. La localisation des serveurs ne protège plus, et le périmètre des entreprises concernées s’est élargi bien au-delà des acteurs critiques historiques. La bonne nouvelle : l’exposition se mesure et se réduit, à condition de la regarder en face. Cartographier, qualifier son statut NIS2, choisir des hébergeurs souverains et faire de la cybersécurité un sujet de direction : quatre leviers accessibles dès maintenant.
Pour échanger sur ces enjeux avec d’autres DSI, du public comme du privé, et confronter vos pratiques à celles de vos pairs, rejoignez le Club DSI UNOWHY : un espace d’échange dédié à la souveraineté numérique et à la maîtrise du risque.
C'est une loi américaine de 2018 qui autorise les autorités des États-Unis à exiger d'un fournisseur soumis au droit américain la communication de données, quel que soit le pays où elles sont stockées. Elle s'applique aussi aux filiales européennes de sociétés mères américaines.
Oui, dans certains cas. NIS2 vise près de 15 000 entités en France, réparties sur 18 secteurs. Une PME d'au moins 50 salariés ou réalisant plus de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires dans un secteur couvert peut être qualifiée d'entité importante.
Non. Ce qui compte n'est pas le lieu de stockage, mais le droit auquel est soumis le prestataire. Un hébergeur relevant du droit américain reste concerné par le Cloud Act, même avec des serveurs situés en France.
Jusqu'à 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour une entité essentielle, et 7 millions d'euros ou 1,4 % pour une entité importante. Les dirigeants engagent également leur responsabilité personnelle.
Par une cartographie des données et des prestataires, suivie de la qualification de votre statut NIS2. Ces deux étapes révèlent l'essentiel de l'exposition et orientent les décisions suivantes, notamment le choix d'hébergeurs souverains.